mardi 15 octobre 2013

DERNIERS MOTS – La lettre de suicide d’un employé d’Arcelor : « Monsieur Mittal m’a tout pris »

"Chère famille, je vous dis mes derniers mots. Je veux que vous respectiez ma femme et ma fille. Elles n’y sont pour rien. Je les ai fait souffrir énormément à cause de mon boulot pour monsieur Mittal. Il m’a tout pris, mon emploi, ma famille. Combien de familles va-t-il encore détruire ? Moi je n’en peux plus de ce milliardaire. Vous savez, je me bats depuis 31 ans pour avoir un petit quelque chose et voilà, je vais perdre mon emploi et combien de familles vont le perdre, monsieur Mittal ?"
Ces "derniers mots", ce sont ceux d'Alain Vigneron, brigadier chez ArcelorMittal, responsable de production au laminoir de Chertal, en Belgique. L'homme de 45 ans s'est suicidé, samedi 12 octobre, deux ans jour pour jour après l'annonce de la fermeture de certains fourneaux de Liège.
Dans sa lettre d'adieu, adressée à ses proches, à son délégué syndical mais aussi à tous les médias belges, l'homme dénonce le comportement de Lakshmi Mittal, président du groupe sidérurgique, et l'inaction des autorités publiques. "Je me bats depuis trente et un ans... Cher gouvernement, allez-vous enfin sauver les milliers d’emplois des familles qui en valent la peine ? Ma petite femme et ma fille, je veux que vous sachiez que je vous aime mais monsieur Mittal m’a tout repris : la fierté, la politesse et le courage de me battre pour ma famille."
Selon la RTBF, les collègues d'Alain Vigneron le décrivent "comme un travailleur exemplaire, consciencieux, issu d'une famille très nombreuse, entré à l'usine à l'âge de 14 ans, nanti d'un diplôme d'école primaire, et arrivé au plus haut poste auquel il aurait pu prétendre". "Un homme attaché à transmettre son expérience et ses savoir-faire aux jeunes générations", poursuit la radio nationale.
Alain Vigneron a demandé à ce que sa lettre soit lue durant ses funérailles, afin de sensibiliser la population au sort des travailleurs d'ArcelorMittal. L’année dernière, deux travailleurs du groupe à Liège avaient déjà mis fin à leurs jours, sans donner une portée "politique" à leur acte, rappelle Le Soir.
De leur côté, la direction et les syndicats ont souhaité rappeler le caractère privé de ce drame. "La direction d’ArcelorMittal Liège est très affectée par le décès de ce travailleur et ses pensées vont d’abord à la famille. Notre service social est bien entendu présent auprès de la famille et apportera toute l’aide nécessaire, a précisé l'entreprise. Au-delà, la direction ne souhaite pas faire d’autres commentaires sur un événement de vie privée." La Confédération du syndicat chrétien a noté le caractère "infernal" du "mal-être des travailleurs", "mais un suicide est avant tout une affaire privée". La Fédération générale du travail de Belgique a elle ajouté que "si Mittal est responsable du massacre social c’est de manière collective".

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/10/15/derniers-mots-la-lettre-de-suicide-dun-employe-darcelor-monsieur-mittal-ma-tout-pris/

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