jeudi 30 juin 2016

Roue arrière mortelle à Besançon : le motard condamné à neuf mois ferme

«Après ce que je viens d’entendre, je suis encore plus bouleversée », indique à la barre la sœur de la victime en se tournant vers le jeune prévenu jugé en comparution immédiate.
« Un jeune inconscient qui plonge tout le monde dans la peine. D’autant que nous avions déjà eu la douleur de perdre un frère en 1982, lui aussi victime d’un chauffard. Il faut que cela cesse ! Il y en a assez de ces inconscients ! On n’accepte pas, c’est trop ! »
Dans le box, Mohamed Atil, 18 ans, écoute, tête baissée. Il était 13 h 20, dimanche dernier, lorsqu’il a causé la mort d’un piéton de 76 ans. Un retraité « plein de vie, aimant la nature et les promenades en forêt », comme l’ont dépeint ses proches, qui sortait d’un déjeuner chez sa compagne lorsque le jeune majeur, qui faisait une roue arrière avec sa 123 cm³ de cross interdite à la circulation sur la voie publique, a déboulé à vive allure chemin des Torcols à Besançon et l’a percuté

« Un comportement inconscient qui frise le criminel »

« Il savait qu’il avait entre les mains une moto de compétition, d’une puissance inouïe et très dangereuse », tance Me Emonnin, avocat des parties civiles. Le procureur Edwige Roux-Morizot fait chorus : « Il faut donc la mort d’un homme, une mort inadmissible et intolérable, pour que Monsieur Atil se dise qu’il n’aurait pas dû prendre cette moto ? Sachant qu’il avait déjà été contrôlé avec une moto non homologuée. » Et de rappeler que le prévenu avait été capté quelques minutes plus tôt par les caméras de vidéosurveillance « en train de faire des roues arrières à pleine vitesse au milieu de la circulation boulevard Blum ». Avant de tancer « un comportement inconscient qui frise le comportement criminel, d’autant qu’une fois l’accident causé, Mohamed Atil a relevé sa moto et a fait le tour du corps à terre, sans un regard pour la victime. Avant de s’enfuir, de brûler sa moto en forêt et de se débarrasser de son casque et de ses vêtements. Même si, le soir même, sur conseil de ses parents et de son employeur, il s’est présenté de lui-même au commissariat ».

« S’il ne s’était pas rendu, personne ne l’aurait identifié »

Le parquet ayant requis trois ans d’emprisonnement, dont un avec sursis avec maintien en détention et l’annulation du permis de conduire, la défense, assurée par Me Schwerdorffer, va exhorter le tribunal à « ne pas sacrifier ce gamin sur l’autel de l’exemple. Les faits sont somme toute très ordinaires, ce sont leurs conséquences dramatiques qui ne le sont pas. Parfaitement inséré, ce jeune électricien en CDI n’a tout simplement pas eu la chance qu’il n’y ait personne en face par rapport à tous ces jeunes qui font des roues arrières. La victime à terre, il a crié : ‘‘Aidez-le, aidez-le !’’, avant d’être pris de panique et de s’enfuir. Mais s’il ne s’était pas rendu, personne ne l’aurait identifié. Et vous avez devant vous un jeune homme accablé. »
Et l’avocat de solliciter des juges qu’ils ne prononcent pas de mandat de dépôt.
Au terme des délibérés, Mohamed Atil s’est vu infliger 2 ans de prison dont 15 mois avec sursis. D’ici onze jours, il devrait sortir de prison pour purger sa peine sous surveillance électronique. Son permis a également été annulé avec interdiction de le repasser avant six mois. Il devra en outre indemniser les proches du septuagénaire dont il a causé la mort.
Une victime dont les obsèques seront célébrées ce jeudi.

http://www.estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2016/06/30/roue-arriere-mortelle-a-besancon-le-motard-condamne-a-neuf-mois-ferme