dimanche 23 octobre 2016

Un an après les 43 morts de Puisseguin, toujours des questions sans réponses

Un an après le tragique accident de car qui couta la vie à 43 personnes, l'enquête n'est pas terminée et bien des questions restent sans réponses. Surtout une : comme expliquer l'embrasement du car en moins de trois minutes?
Pour les survivants, le travail du deuil est lent, difficile. Tous ont en memoire de 23 octobre 2015. Au petit matin, un autocar quitte le village de Petit-Palais en Gironde. A son bord, 47 personnes âgées, leur accompagnatrice et le chauffeur. Pour tous, c'est direction le village d'Arzacqu-Arraziguet en Béarn. On imagine facilement leur joie d'être réunis pour ce moment de partage. Puis, un peu moins de xi kilomètres après son point de départ, sur la départementale 17 entre Puisseguin et Saint-Genès-de-Castillon, c'est le drame. Brutal. Terrible et encoreaujourd'hui incomprhénsible pou rles familles des victimes. L'autocar va entrer en collision avec un camion qui arrive en sens inverse. Le feu prend très rapidement et se propage aux deux vhéicules. Il y aura 43 morts et huit blessés.
Raymond Silvestrini, fait aujourd'hui parti des miraculés. Il a perdu sa compagne Lucienne. Lui a survécu en se jetant par une fenêtre et raconte, un an après. Il va mieux, physiquement, moralement, mais reste hanté par le «pourquoi» d'un embrasement si rapide, et meurtrier de l'autocar.
Un an après le drame, comment allez vous?
Physiquement, et moralement, ça va mieux. J'ai vécu quatre premiers mois d'enfer, j'avais un corset que je devais porter jour et nuit. Avec quatre vertèbres fracturées, c'était une obligation. Donc infirmière le matin, infirmière le soir... Moi qui ai l'habitude de remuer, j'étais cloué. En plus, impossible de dormir, je prenais des somnifères et, quand je me réveillais, c'étaient les flashes qui revenaient... Quand je n'ai plus eu le corset, j'ai cru revivre, même si j'ai toujours une douleur au dos, mais c'est normal d'après les experts. Cela ne peut pas se ressouder comme à 20 ans. Moralement aussi cela va mieux, même si forcément on appréhende la date-anniversaire. Cette commémoration, il faut pourtant qu'elle se fasse, pour les stèles, pour le souvenir. J'espère que cela s'arrêtera là. La vie continue, la vie reprend. Nous ce qu'on veut c'est que cela ne se reproduise jamais plus.
Qu'est-ce qui a été le plus difficile durant l'année écoulée?
Nous les rescapés, les miraculés, on a culpabilisé malgré tout. On a laissé les nôtres à l'intérieur. Pourquoi pas nous? J'aurais très bien pu y passer. J'inhalais des gaz et fumées un coup de plus et c'était la mort assurée! Je restais avec eux. Mais j'ai stoppé, j'ai bloqué ma respiration au bon moment. Je me suis échappé, mais c'est un instinct de survie. J'avais aussi la chance (ndlr : à 68 ans alors) de faire partie des «plus jeunes». Dans un club du 3e age, un qui se défenestre, cela ne pouvait guère être une personne de 80 ans ou plus... Même si malheureusement une jeune femme (la guide) et des gens de la soixantaine y ont laissé la vie. Aujourd'hui le plus compliqué, c'est la solitude. Quand on a l'habitude de vivre à deux et qu'on se retrouve seul, c'est pas simple. Surtout en prenant de l'âge.
Qu'attendez vous de l'enquête ?
Beaucoup de causes ont été placées du côté du chauffeur du camion (ndlr : notamment une vitesse inadéquate). Mais lui ne ne peut plus parler, il est parti avec son petit... Et puis ils ont trouvé des anomalies de fonctionnement au camion, des pièces rajoutées (ndlr : un réservoir supplémentaire) non déclarées, etc. Sauf que : s'il n'y avait eu que le choc, il n'y aurait même pas eu un blessé! C'est l'incendie qui nous a... (silence). Moi j'ai une question cruciale : la rapidité de l'incendie. Or, jusqu'à présent, on a donné des explications qui sont pour moi un peu évasives. Tout s'est passé en moins de trois minutes et, quand je dis moins de trois minutes, je pèse mes mots. On n'a jamais vu ça. Si on arrive à expliquer la vitesse de propagation de l'incendie, dans les moindres détails, ce sera une bonne chose pour moi. Nous ce qu'on veut c'est qu'on nous donne le plus d'arguments possibles. Je pense qu'on arrivera à un résultat final des expertises satisfaisant. Totalement satisfaisant, ce n'est pas certain, car des points seront peut-être longs à élucider, comme souvent dans les accidents, disons... pas ordinaires.»
http://www.ladepeche.fr/faits-divers/accident-de-puisseguin/